Stéphanie Muzard, écocitoyenne, artiste et paysanne

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Sans terre en France : une réalité

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Un exemple parmi tant d'autres...

par Soutien à La ferme meuh, paysans sans terres. mardi 23 octobre 2012, 06:11 ·

 

Nous sommes arrivés sur le plateau de Millevaches en janvier 2008, par le hasard d'un annonce, nous croyions alors que nous allions vraiment nous installer, et puis non.

 

Tout notre parcours se résume à ces mots :

 

"Et puis non".

 

 

 

J'ai un ami qui voulait à cette époque faire un film de notre installation, suivre le parcours classique d'une installation agricole aidée en France.Il n'a pas pu le faire pour diverse raisons, et depuis lorsque nous abordons le sujet, il me dit :

 

 

 

-"Quand même j'ai raté quelque chose, tu te rends compte avec toute cette histoire, tous ces rebondissements, j'aurai pu faire une trilogie!"

 

 

 

Je peux vous énumérer ici le nom des fermes sur lesquelles nous avons cru pouvoir nous installer, et puis non.

 

 

 

-Razel, Pérols sur vézère 19

 

-La voute, Viam 19

 

-Camp militaire désafecté, Le dognon 24

 

-La chaise, St Pardoux Morterolles 23

 

-Le bois lacombe, Peyrat le château 87

 

-Longechaud, Peyrat le château, 87

 

-Mas citrou, Nedde 87

 

-Guimont, Nedde 87

 

-Donzenat, Nedde 87

 

-Chez Thivaut, Nedde 87

 

 

 

À chaque fois nous tentions de trouver un nouveau cheval de bataille pour oublier le dernier, passer à autre chose et recommencer inlassablement, tout en nous remotivant nous-même :

 

"Ce n'était pas la bonne, ce qui doit se faire se fera"

 

Et pendant ce temps nous travaillions,avec plus de passion à chaque échec, persuadés qu'il fallait faire nos preuves de plus belle.

 

 

 

Ne pas pouvoir accéder à des terres agricoles, concrètement cela signifie que vous n'êtes jamais chez vous, que vous êtes dépendant, en permanence du bon vouloir de celui qui vous met à disposition des terres.

 

Ça signifie que vous n'avez pas de statut, la MSA ne vous reconnait pas.

 

Vous existez, vous vous levez le matin pour aller aux bêtes, pour travailler, mais vous n'êtes rien.

 

Ou plutôt si, vous êtes un demandeur d'emploi, alors quand le pôle emploi vous propose une embauche, vous expliquez, vous ré-expliquez, vous ne pouvez pas aller travailler en tant que salarié, vous avez une activité professionnelle pour l'instant non rémunératrice.

 

 

 

Quand vous n'avez pas de terre, vous ne pouvez monter un bâtiment, ni un atelier, vous bricolez, et dans l'esprit des gens que vous côtoyez, vous n'êtes pas sérieux.

 

Vous stockez du foin sous bâche, et vous savez que le foin que vous avez payez très cher à cause de la mauvaise saison et de la spéculation, va se mouiller parce que quoi que vous fassiez, le foin se débâche toujours à un moment ou à un autre dans l'hiver.

 

Quand vous n'avez pas de terre, vous ne faites pas de foin pour assumer votre cheptel en "bon père de famille", ni des céréales, ni rien du tout, rien ne peut prendre racine par votre action, ni même vous.

 

Vous êtes donc à part dans le milieu agricole, pas vraiment agriculteur, autre chose mais pas ça.

 

 

 

Quand vous n'avez pas de terre, vous ne regardez pas la qualité des terrains qu'on vous met à disposition, vous dîtes oui à tout, vous prenez les friches, les tas de ronces, les tourbières et landes oubliées, les bords de route, les nouveaux cimetières quasi vides, les jardins des particuliers, de tout petits morceaux qui vous demandent plus de travail.

 

Et quand il vous arrive un pépin,les bêtes dehors par exemple, on vous tombe dessus.

 

Vous n'êtes pas légitime, alors vous prenez tout ce qu'on vous lance à la face, brut de pomme, sans bouger.

 

Vous devez accepter.

 

 

 

Quand vous êtes sans terre, et à force de prendre les miettes qu'on veut bien vous laisser, vous vous éparpillez, vous mettez de la distance physique entre vos bêtes et vous, vous avez des frais, beaucoup de frais, tant et si bien que la plupart du temps vous payez pour aller travailler.

 

 

 

Mais à force de contraintes, pour vivre et rester la tête hors de l'eau, vous faites de celles-ci des atouts, votre force, votre flamme.

 

C'est à partir de là que vous vous autorisez à exister et à être quelqu'un.

 

 

 

Être sans terre devient une identité.

 

 

 

 

 

Je vous passe nombre de choses de la vie de tous les jours, nombre de mots qui ont été prononcés derrière et face à nous remettant toujours en cause nos compétences, parce que j'ai oublié de vous dire, quand vous êtes sans terre vous passez votre temps à vous questionner, à vous remettre en question, à douter de votre légitimité de surcroit si vous n'êtes pas du pays.

 

 

 

Je ne dis pas tout cela pour faire dans le pathos, je parle d'une réalité de tous les instants que peu connaissent ou palpent.

 

 

 

Et pourtant...

 

 

 

Pourtant, regardez autour de vous,de nous, les difficultés de nos voisins porteurs de projets et d'initiatives locales, la façon dont ils galèrent, regardez par chez vous, il y a forcément des gens comme nous.

 

Nous ne sommes qu'un exemple parmi de trop nombreux passionnés.

 

 

 

Mais nous tous, nous avons le choix, nous avons le pouvoir de changer tout ça, de changer le modèle actuel et de convaincre ceux qui prennent trop de place d'en céder un peu, de retourner à taille humaine, ils ont peur.

 

 

 

Quand vous voyez votre voisin agriculteur utiliser des produits phytosanitaires, allez lui dire le danger, pour lui, sa famille, les gens qu'il nourrit, pour la terre.

 

Et quand vous voyez des initiatives respectueuse de la vie fleurir autour de vous, accueillez les, soutenez les.

 

 

 

Les paysans ne sont pas une race à part, nous tentons de vivre en vous nourrissant, c'est un rôle ESSENTIEL mais nous sommes comme vous.

 

Et comme tous les humains nous vivons en interaction avec les autres.

 

Ne coupez pas ce lien, et s'il n'existe pas créez le.

 

 

 

Je pourrai choisir de ne produire que pour ma famille, j'ai fait le choix de produire pour les autres aussi, mais ce sont les autres qui choisissent de me faire vivre ou pas.

 

 

 

Ne laissons pas les lanceurs d'alerte, les éveilleurs de conscience hurler dans le désert, devenir des Cassandres.

 

Le monde doit changer, ça commence par nous même puis notre voisin, puis plus loin.

 

 

 

Et de loin en loin, comme vous le faites aujourd'hui pour nous, nous nous soutiendrons avec force et solidarité, naturellement, parce que c'est simple, juste et vrai.

 

 

 

Amitiés paysannes,

 

 

 

Marie-Claire Chastel

 

 

 


 

Avec son autorisation, je vous laisse lire une lettre adressée aux propriétaires qu'une éleveuse de vaches laitières de la haute-vienne nous a fait parvenir :

 

"Mesdames, Monsieur,

 

je suis agricultrice, j'ai 38 ans et j'exploite une ferme de 60ha avec mon mari près de Saint-Léonard de Noblat. Nous avons des vaches laitières.

 

Avant de prendre une décision concernant les Chastel, il faut tenter de

prendre un peu de recul par rapport à la situation des agriculteurs aujourd'hui.

 

Il ne faut surtout pas se laisser gagner par l'idée qu'une grande ferme est plus viable qu'une ferme de taille modeste. Une grande ferme est totalement dépendante des primes, c'est la raison de sa viabilité.

 

De plus, pour ce que je note autour de chez moi, ces agriculteurs aux fermes démesurées passent leur temps sur la route pour aller d'un îlot à l'autre, ont du mal à faire le tour de toutes leurs parcelles pour les entretenir tellement c'est grand : du coup, ils ont recours au round up à tour de bras pour que les ronces ne gagnent pas, ce qui ruine les biens communs.

 

Mais le plus gros problème, on ne le sent pas encore aujourd'hui. A la prochaine génération, les fermes seront devenues si grandes que personne ne pourra se les payer, même pas le fils de la maison, tant il devra des sommes colossales à ses frères et soeurs. Ceci n'est pas juste.

 

Seules des multinationales pourront les reprendre. Personnellement, je n'ai aucune envie d'avoir pour voisin un manager payé par une grande surface pour produire de la bouffe à pas cher.

 

On verra cela (on le voit déjà), même en Limousin, mais il faut vraiment freiner des quatre fers pour reculer ce moment.

 

Aujourd'hui, vous avez ce pouvoir. Il faut absolument laisser à des personnes de l'extérieur la chance d'exprimer leur savoir-faire en matière d'agriculture, et ne pas laisser les campagnes uniquement aux "fils de". Ce n'est pas parce qu'on est né fils d'agriculteurs que l'on a la fibre agricole, loin de là. Et des tas de gens non issus du milieu agricole ont toute leur place à nos côtés, apportant des idées novatrices, avec des envie de campagnes vivantes, en particulier par le biais de la vente directe.

 

Les Chastel ont déjà fait leur preuve, ce ne sont pas des idéalistes qui s'imaginent qu'être fermier, c'est tout beau, tout rose : ils ont déjà les pied dedans.

 

Vraiment, laissez-leur une chance, et même apportez-leur votre soutien car le combat qu'ils mènent est admirable.

 

Espérant que mon angle de vue vous sera utile, je vous prie d'accepter mes sincères salutations.

 

Anne Martel"

 

 

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23/10/2012
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